LE TEMPS DE L'ESPOIR

 

Dans l’année de mon 15ème anniversaire, devant les difficultés d’une famille modeste, je savais pertinemment que je n’irai pas loin dans les études. Etant l’ainé de 4 enfants, et de plus est, le seul garçon. J’étais pratiquement condamné à quitter la voie scolaire dès mes 16 ans pour me lancer dans la seule voie qui s’offrait à moi (l’agriculture)…

Il faut dire que dans ce hameau (des écluses) rattachéau village de DEULEMONT, il m’était difficile d’être exigeant. Nous vivions dans une maison datant des années 20 qui servait de conciergerie quand la minoterie fonctionnait encore. A notre arrivée en 1971, toute la propriété était à l’abandon….

 

En haut, à droite, notre propriété avec la Minoterie et la maison

 

Comme l’indique son nom, nous vivions à proximité d’une écluse, qui est toujours là, mais n’est plus active. En 1975, elle fonctionnait de 8h00 à 19h00, le balai incessant des péniches venant de la Belgique était le poumon de ce hameau. Cela faisait vivre les petits commerces environnants, sans oublier le passage en douane obligatoire.

 

 

Dans cette propriété, nous disposions d’un jardin, d’un verger avec ses pommiers et ses pruniers, d’un poulailler, et de tout un espace vert qu’on utilisait comme un terrain de football. Nous avions en contrepartie à charge de veiller aux installations et bâtiments et d’entretenir les lieux. En 1981, les grues sont arrivées et le paysage a changé. La minoterie fut rasée, laissant la maison et le garage dans un décor apocalyptique.

 

En 1991, mes parents furent contraints de quitter les écluses pour aménagement des voies navigables. La maison fut détruite. Le canal fut agrandi pour laisser place à une base nautique surplomber d’une passerelle jaune visible à des kilomètres. La moitié de la propriété fut inondée, l’autre est devenue un espace vert, ou j’aime faire quelques ballades en famille, afin de conter certains souvenirs.

 

 

Pour terminer sur ce sujet, vivre dans ce hameau, m’a permit de me responsabiliser rapidement, car même si j’avais la liberté et l’espace pour m’échapper dans mes activités sportives, cela avait un prix. Sans véhicule, tout se faisait à pied ou en vélo, quelque soit l’humeur de la météo. Le plus pénible, c’était la période hivernale. Cloîtrer entre quatre murs, nous n’avions qu’un vieux téléviseur noir et blanc pour toute distraction. Le dimanche tout s’arrêter. Pas de péniche, pas de bus, pas de commerces ouverts. Le calme absolu. En considérant que j’avais un peu de chance, je m’arrangeais toujours pour passer mon samedi après midi et mon dimanche chez mes grands-parents à ARMENTIERES.

 

Pratiquant les arts martiaux dès l’âge de 9 ans. Je me suis tout de suite intéressé à tout ce qui touchait à ce monde alors inconnu et inaccessible, vu mes conditions de vie rurale. A cette époque, il fallait vivre dans la Capitale pour obtenir le privilège de rencontrer des Grands Maîtres. Alors pour rêver et  faire vivre mes ambitions, c’est dans les revues que je me suis à voyager. Les 3 magazines que j’ai pu m’offrir se nommaient (les secrets du Kung-fu). C’est en parcourant son contenu, que pour la première fois j’ai entendu parler du petit Dragon (Bruce Lee), alors qu’il était déjà décédé depuis 2 ans. Agissant contre toute idée de violence, la télévision se gardait bien de diffuser des extraits de ses films. J’ai donc accepté l’invitation d’un ami de l’accompagner un après midi d’un dimanche du mois de Mai 1975 au cinéma (LE REX) pour découvrir la Fureur du Dragon, le film le plus personnel du Roi du Kung-fu.

 

 

Je fus plongé littéralement dans un univers, dont l’impact fut considérable me concernant. L’empreinte, la prestance, le charisme et son talent m’ont transformé et bouleversé. Sans m’en rendre compte de suite, Bruce Lee serait à la source d’un grand changement dans mon adolescence et bien plus encore. Le plus triste, je devenais Fan d’un artiste martial en avance sur son temps, mais déjà disparu. Contrairement aux jeunes qui à la sortie du cinéma cherchaient à l’imiter, j’étais serein, mes pensées se tournaient vers les images du film, comme ceux d’un rêve paradisiaque. Je n’avais qu’une seule envie le revoir sur grand écran. Bruce Lee était devenu au même titre que mes Maîtres, mon idole, mon guide, mon espérance.

 

Comme un manque inconsolable, je me répétais qu’il fallait que je fasse quelque chose, mais quoi faire ?

 

Du haut de mes 14 et demi, je ne pouvais espérer grand-chose. Financièrement rien n’était possible. Géographiquement, rien ne s’y prêter non plus. Cela avait pour effet d’anéantir toute idée de projet. Je fini spar abandonner, en me répétant que l’avenir serait peut être plus prometteuse. En toute simplicité, je vivais cette fidèle admiration en m’accrochant à tout ce qui me tombait sous la main.   Profitant de mes vacances du mois d’Août chez mes grands parents, j’ai revu un ami d’enfance, à qui j’ai parlé de ma nouvelle passion, et qui après m’avoir écouté attentivement m’a suggéré l’idée de créer un club Fan à sa mémoire, une petite association de fait, qui administrativement ne m’apporterait aucune contrainte. Comme un électrochoc, je fus conquis par cette ingénieuse idée. Nos chemins se sont séparés, mais aux dernières nouvelles, Xavier se félicitait de l’expansion de mon club, et d’être à la source de sa naissance en toute modestie. De mon côté, je sais que je ne le remercierai jamais assez. Le 14 Août 1975, le CLUB BRUCE LEE (Le Dragon) venait de naître.